2026, émotion

Le dernier cri de l’innocence et du désespoir

Que de bêtises tout au long de ma vie
j'ai pu lire dans nos livres d'Histoire de France
que de bêtises j'ai pu faire lire à mes petits élèves
que de bêtises j'ai pu leur faire apprendre par cœur !

Le cœur devrait juste apprendre à aimer...

«Le dernier cri de l’innocence et du désespoir»

10 mai 1802 : « Le dernier cri de l’innocence et du désespoir »
Journée du souvenir de l’esclavage et de son abolition

Le gouvernement français a institué en 2001 une Journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition et, par une curieuse démarche, l’a raccrochée au 10 mai 2001, vote de la loi Taubira établissant cette journée !…
Qu’il me soit permis de suggérer de la raccrocher plutôt au 10 mai 1802, lorsque le métis Louis Delgrès (36 ans) adressa « à l’univers entier le dernier cri de l’innocence et du désespoir ».
Ce brillant officier de la Révolution, fervent républicain et bonapartiste convaincu, se fit sauter avec ses hommes le 28 mai suivant, pour ne pas tomber entre les mains du général Richepance, lequel avait outrepassé les ordres de Paris en rétablissant l’esclavage sur l’île.
J’émets le vœu que les pouvoirs publics érigent Louis Delgrès au rang de héros français, au même titre que Louise Michel, Jeanne d’Arc et Honoré d’Estienne d’Orves. Autant de héros dans lesquels pourraient se reconnaître tous les petits Français sans considération de couleur ou d’origine.

Le 10 mai 1802, Louis Delgrès (36 ans) adresse «à l’univers entier le dernier cri de l’innocence et du désespoir».

Par cette proclamation affichée sur les murs de Basse-Terre, en Guadeloupe, ce brillant officier de l’armée de la Révolution s’indigne que l’on veuille rétablir l’esclavage sur l’île. Il revendique le droit de résistance à l’oppression et lance un appel à la fraternité.

Proclamation de Louis Delgrès

Un héros de la Révolution

Fidèle à la République et à la patrie, Louis Delgrès, fils d’un planteur martiniquais et d’une mulâtresse, soupçonne à juste titre le Premier Consul Bonaparte de vouloir rétablir l’esclavage huit ans après qu’il eut été aboli par la Convention.

Justement, le général Antoine Richepance débarque sur l’île dans ce but avec 3 500 hommes. Louis Delgrès et d’autres officiers métis comme Joseph Ignace se rebellent. Ils se réfugient avec des hommes de troupe dans le fort Saint-Charles, à Basse-Terre.

La position devient vite intenable. Joseph Ignace et 600 hommes évacuent le fort et se postent près de Pointe-à-Pitre, dans la redoute de Baimbridge. Quant à Louis Delgrès, il se retranche avec 300 hommes à Matouba, sur les hauteurs de Basse-Terre, dans l’habitation Danglemont, après avoir placardé sa proclamation sur les murs de la ville.

À Baimbridge, c’est l’hécatombe, Ignace, ses deux fils et tous leurs hommes sont tués par les troupes de Magloire Pelage, un officier métis rallié à Richepance. Le 28 mai 1802, c’est au tour de Delgrès de subir l’assaut.

Après de terribles combats auxquels participent des femmes telles que la mulâtresse Solitude, le colonel, plutôt que de se rendre, choisit de se faire sauter avec ses compagnons survivants, non sans avoir fait évacuer au préalable les habitants de l’endroit, y compris les Blancs.

La répression est particulièrement sanglante. Solitude, enceinte au moment de sa capture, est pendue après l’accouchement. L’esclavage est rétabli en Guadeloupe. Ce faisant, Richepance va plus loin que le décret du 20 mai 1802 qui prévoit seulement son maintien là où il n’a pas été aboli : dans l’océan Indien et «dans les colonies restituées à la France en exécution du traité d’Amiens» (la Martinique).

Une blessure toujours saignante

Cette Terreur révolutionnaire et post-révolutionnaire va laisser des traces profondes à la Guadeloupe.

Aujourd’hui encore, l’île souffre d’un retard économique et social par rapport à sa voisine, la Martinique, qui a conservé ses structures intactes. L’essentiel de l’économie guadeloupéenne a glissé entre les mains des békés de Martinique et tandis que celle-ci a conservé une forte empreinte européenne, la Guadeloupe, débarrassée par la Terreur de la plupart de ses Blancs, est aujourd’hui à 95% noire ou métisse.

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