2026, citoyenneté, Des mots en écho?

Avoir les bons mots

Pour rire
ou pour crier
pour dire
le mieux possible
sa pensée
pour conter son rêve
aussi bien que ses désillusions
pour faire le point
sur une situation dramatique
aussi bien que sur une situation encourageante
et qui semble aller dans la direction
du plus grand nombre …

J’ai lu ce matin ce texte
de Fabrice Midal
qui simplement
m’a fort bien parlé



« Quand j’ai écrit
« Avant que le monde ne se défasse »,
j’avais quelques intuitions sur ce qui peut nous permettre de résister à la destruction du monde,
comme la nécessité de passer
de la haine à l’action,
ce que Camus nomme le passage de la révolution à la révolte.
Mais une idée qui me semble pourtant aujourd’hui essentielle
ne m’avait pas vraiment traversé l’esprit :
appeler enfin les choses par leur nom.
La première fois que ce phénomène m’a sauté aux yeux,
j’ai continué à le croire accessoire,
ne touchant pas à l’essentiel de notre souffrance.
J’avais tort.

Confucius, au Ve siècle avant notre ère, vit dans un monde en plein chaos politique
qui, en ce sens, ressemble au nôtre.
Un disciple lui demande
qu’elle serait sa première mesure s’il gouvernait.
Le disciple s’attend à ce qu’il lui parle d’une réforme militaire,
économique ou institutionnelle.
Confucius répond
: zhengming, rectifier les noms.
Tout commence par appeler
les choses par leur nom.

Je pense souvent à cette réponse, parce que nous vivons dans un monde dans lequel, précisément, plus rien ne porte son véritable nom.
On appelle « plan de sauvegarde de l’emploi »
ce qui est en réalité un licenciement massif.
On parle de « santé mentale » là où il faudrait parler de maladie,
de souffrance, de détresse mentale.
On dit « flexibilité »
pour parler de précarité,
« optimisation fiscale »
pour parler d’évasion,
« dommages collatéraux »
pour parler de morts civils…
Les mots ne décrivent plus la réalité :
ils la dissimulent, ils l’adoucissent, ils la rendent acceptable.

Confucius avait compris que quand les noms se détraquent, tout se détraque avec eux.
Les relations deviennent fausses,
les institutions perdent leur sens, et les hommes ne savent plus à quoi se fier.
Ce n’est pas un exercice sémantique : c’est un acte politique.
Remettre les mots en accord avec le réel, c’est résister à la confusion organisée.
C’est refuser que le langage devienne l’instrument du mensonge.
Et nommer les choses par leur nom
est parfois le premier acte de courage qu’on puisse accomplir. »

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