Des mots en écho

« IL », m’a dit :

Peux-tu me vendre l’air qui passe entre tes doigts
et fouette ton visage et mêle tes cheveux ?
Peut-être pourrais-tu me vendre cinq pesos de vent,
ou mieux encore me vendre une tempête ?
Tu me vendrais peut-être
la brise légère, la brise
(oh, non, pas toute !) qui parcourt
dans ton jardin tant de corolles,
dans ton jardin pour les oiseaux,
dix pesos de brise légère ?

Le vent tournoie et passe
dans un papillon.
Il n’est à personne, à personne.

Et le ciel, peux-tu me le vendre,
le ciel qui est bleu par moments
ou bien gris en d’autres instants,
une parcelle de ton ciel
que tu as achetée, crois-tu, avec les arbres
de ton jardin, comme on achète le toit avec la maison ?
Oui, peux-tu me vendre un dollar
de ciel, deux kilomètres
de ciel, un bout – celui que tu pourras –
de ton ciel ?

Le ciel est dans les nuages.
Les nuages qui passent là-haut
ne sont à personne, à personne.

Peux tu me vendre la pluie, l’eau
qui t’a donné tes pleurs et te mouille la langue ?
Peux-tu me vendre un dollar d’eau
de source, un nuage au ventre rond,
laineux et doux comme un agneau,
ou l’eau tombée dans la montagne,
ou l’eau des flaques
abandonnées aux chiens,
ou une lieu de mer, un lac peut-être,
cent dollars de lac ?

L’eau tombe et roule.
L’eau roule et passe.
Elle n’est à personne, non.

Peux-tu me vendre la terre, la nuit
profondes des racines ; les dents
des dinosaures, la chaux éparse
des squelettes lointains ?
Peux-tu me vendre des forêts enfouies, des oiseaux morts,
des poissons de pierre, le soufre
des volcans, un milliard d’années
montant en spirale ? Peux-tu
me vendre la terre, peux-tu
me vendre la terre, peux-tu ?

Ta terre est aussi bien ma terre
Tous passent, passent sur son sol.
Il n’est à personne, à personne.


Poème de Nicolas Guillén lu ici ce matin.

18 réflexions au sujet de “« IL », m’a dit :”

  1. On oublie un peu toutes les simples et belles choses qui nous sont offertes chaque jour si naturellement présentes dans nos vies,
    Un très beau poème qui devrait être écrit sur tous les murs du monde .

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour, il s’agit d’un magnifique poème que vous nous partagez. Tellement réel, il m’a permis de m’évader ! Oui tous ces éléments sont essentiels pour la nature, les animaux et la TERRE, sans lesquels la vie ferait extinction ! Merci pour ce magnifique partage, plein de bon sens ! Bon jeudi à vous

    Aimé par 1 personne

        1. Renée je te comprends
          Nous ne sommes que de passage , l’accès à la propriété est peut être une aberration … je crois que tu vis en Suisse et dans ton pays emprunter et devenir propriétaire se fait sur plusieurs générations je crois … 😉

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  3. Cette palnète est à tout le monde et à personne à la fois, même si on achète un terrain pour se bâtir un toit, le vent, la pluie, la neige etc eux ne s’achèteront jamais, ils sont libres de faire leur loi… 😉

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