les mots pour leur dire, Rêve et réalité, Voyage en 21

Ballade à la lune.

La lune ce 2 mars à 3h15

Alfred de Musset 1810-1857

C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l’oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N’es-tu rien qu’une boule,
Qu’un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t’en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L’heure aux damnés d’enfer ?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S’allonge
En croissant rétréci ?

Qui t’avait éborgnée,
L’autre nuit ? T’étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n’en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S’efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L’écoute,
L’écoute s’approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s’en sont allés.

Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d’Apollo,
Surprise
A l’ombre, un pied dans l’eau !

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d’un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L’histoire
T’embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T’aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu’à ton front
D’albâtre
Ses dogues aboieront.

T’aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L’océan montueux.

Et qu’il vente ou qu’il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m’asseoir ?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l’époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

 » Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien. « 

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L’empêche
De commettre un péché ?

 » Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux ? « 

Et c’est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune dis-moi
mettre les points sur les i
est-ce une figure de style
est-ce une figure à risque
Perdre ses faux-amis
s'en trouver ragaillardi
après avoir mis
tous les points sur les i 
lumière de lune
clarté
vivre libre
serait-ce avoir su mettre les points sur les i ?
contraintes d'écriture
ou petits ballons
bien ronds
pour ne pas confondre le i
avec un bâton ?
 
jamadrou © "Voyage en 21"  contrainte de lune 2/3/21

14 réflexions au sujet de “Ballade à la lune.”

      1. La Charmante! Il me semblait bien!! Mais comme questions lui sont adressées de par votre article, je posais au hasard la question, sait-on jamais qu’il y ait une boite à lettres !!!

        J'aime

            1. Je ne crois pas…
              C’est trouver en soi la joie, la jouissance d’être au monde (né-sens) et toujours avoir à l’esprit que nous sommes périssables, que nous ne sommes que de passage sur cette terre offerte en partage.

              Aimé par 1 personne

              1. Ha oui, on peut aussi voir cela sur un mode consumériste, oui, c’est bien ce que l’on nous apprend…,
                Il y a nettement plus simple et vivant, à être soi-même, dès le Premier Souffle, qu’à chercher vainement à « profiter »
                Quant à ce qui est de l’espoir, je n’ai d’avois à ce sujet que pour dire que l’Espoir est une insulte faite au Temps Présent….

                J'aime

                1. je me suis sans doute mal exprimée, je n’ai pas parlé de consumériste, ni d’espoir
                  mais de jouissance (bien distincte de plaisir et du désir(espoir) )
                  jouissance de ce qui nous est offert quotidiennement dans la nature, sur le bord de notre vie
                  et être bien conscient que tout peut s’arrêter dès demain
                  nous ne sommes pas éternels et c’est cela qui est bien!
                  qui fait le sel de notre existence.

                  Aimé par 1 personne

                  1. Il n’y a en moi aucune confusion et mélanges des genres entre Espoir et Désir, Le Désir est ce qui particularise l’humain et est certainement à l’origine même de la Vie de manière générale et Universelle… (cf . La Lumière, les Ténèbres)
                    Il ne me semble pas davantage que la Vie puisse se réduire, être limitée à l’existence ni au fait d’y « prendre » (merchandisation – au sens de « avoir ») plaisir….

                    J'aime

  1. J’ai appris une partie de ce poème lorsque j’étais enfant.
    Je suppose que la version enfantine était elducorée… mais je me souviens encore, j’avais aime, j’aime encore.
    En version longue, elle est encore plus délicieuse. 🙂
    Merci pour tes mots, jamadrou, et merci pour ces pages offertes à tes visiteurs.
    Passe une douce journée.

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    1. Comme toi Quichottine j’avais appris des bouts de cette poésie
      Et chaque fois que je vois la lune perchée
      Et c’est souvent !
      Des bribes de cette poésie refont surface
      Je dis souvent à mes petits enfants qu’en poésie
      le par cœur d’un jour reste dans notre cœur toujours.
      Contente de ton retour

      Aimé par 1 personne

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